Règlement FiDA : PwC émet des pistes de réflexion pour les FinTechs


Partenaire de France FinTech, PwC, cabinet de conseil, d’audit, et d’expertise juridique et fiscale, accompagne les acteurs financiers dans leurs transformations réglementaires et stratégiques. Dans le cadre de ses échanges avec les banques, les assureurs et les fintech, le cabinet analyse les implications du règlement FiDA et les conditions de sa mise en œuvre. Entre opportunités d’innovation, enjeux concurrentiels et interrogations opérationnelles, ce texte pourrait contribuer à redessiner les conditions d’accès, de circulation et de valorisation des données financières en Europe.

La multiplication des stratégies de lobbying des organes de représentation des banques et assureurs français pour infléchir certaines mesures du règlement Financial Data Access (FiDA) témoigne des inquiétudes et interrogations que suscite ce texte. Derrière les défis techniques relatifs au partage de données se joue une transformation bien plus profonde ; car, au fond, les principes de l’Open Finance vont profondément transformer le modèle des services financiers en Europe.

Alors que la Commission Européenne pousse pour achever la construction du cadre de l’Open Finance, les réactions divergent.

En France, la plupart des acteurs bancaires et assurantiels traditionnels font part de leurs préoccupations à Bruxelles, en particulier sur la gestion des risques de cybersécurité, les coûts de mise en conformité et la possible entrée de nouveaux concurrents, notamment les acteurs numériques américains, appelés couramment GAFAM (acronyme regroupant Google, Amazon, Facebook, Apple et Microsoft). Cette crainte s’inscrit dans un contexte géopolitique mondial tendu.

Or, le statu-quo semble justement bénéficier aux acteurs extra-européens qui sont pleinement engagés dans l’Open Finance. FiDA pourrait au contraire représenter l’opportunité de créer un encadrement équilibré et équitable, en accord avec les principes de souveraineté européenne en matière d’hébergement des données, notamment.

À l’inverse donc, les fintech voient dans FiDA une opportunité de développer de nouveaux produits et/ou services à forte valeur ajoutée, conçus à partir des besoins réels des consommateurs.

À travers nos échanges avec nos clients et nos observations des négociations à Bruxelles, PwC France & Maghreb propose de décrypter les enjeux du règlement FiDA et partager quelques pistes de réflexion pour les acteurs financiers.

1. État des lieux des négociations européennes
Proposé par la Commission européenne en 2023 dans le cadre de la Stratégie pour la Finance Digitale, le règlement FiDA vise à étendre la logique de l’Open Banking (DSP2) à l’ensemble des données personnelles et non-personnelles, pour les particuliers et les personnes morales sur un large éventail de produits financiers (comme les produits d’épargne et de placement).

En étendant le partage des données au-delà du périmètre des données de comptes courants (noms, adresses et numéros de compte des clients) et de transactions, le règlement FiDA va permettre l’accès à l’ensemble des données financières (d’épargne, de retraite, d’assurance, d’investissement, et de crédit).

Le texte prévoit également la création d’un nouveau statut : le Prestataire de Service d’Information Financière (en anglais, Financial Information Service Provider – FISP), qui pourrait, avec le consentement du client, accéder à ses données via des schémas de partage standardisés (schemes).

Depuis le dépôt du texte, les travaux préparatoires se poursuivent au niveau européen. Lors des débats au Parlement, la question de l’éligibilité des acteurs numériques américains a notamment été soulevée. Un amendement a ainsi été introduit pour interdire aux entités désignées comme gatekeepers en vertu du règlement européen sur les services numériques (ou, en anglais, le Digital Services Act – DSA) de prétendre au statut de FISP. Celui-ci a été retenu. Toutefois, ni la position du Parlement Européen, ni celle du Conseil de l’UE adoptée ultérieurement, n’excluent que les filiales de gatekeepers puissent être agréées FISP. Les deux institutions précisent néanmoins que les autorités nationales devraient être particulièrement vigilantes à leur inclusion et proposer une stricte séparation entre les données obtenues via la réglementation FiDA et les autres données détenues par ces gatekeepers.

Depuis avril 2025, les trilogues entre Parlement, Conseil et Commission se poursuivent. Pour faciliter les discussions, cette dernière a proposé en juin 2025 un document de simplification visant à réduire les coûts d’implémentation.

Parmi les pistes évoquées figurent :

L’exclusion des grandes entreprises (plus de 250 salariés, plus de 50 M€ de chiffre d’affaires) du périmètre des clients concernés, en raison de la complexité et du coût de mise à disposition des données ; L’exclusion de certaines institutions assurantielles du périmètre du texte ; L’exclusion des données de plus de 10 ans ou relatives à des contrats résiliés.
Le texte final est attendu pour fin 2026 ou début 2027, la présidence chypriote de l’Union Européenne (premier semestre 2026) prévoyant de poursuivre les trilogues pour parvenir à une version équilibrée du texte.

Au 1er avril 2026, aucune réunion ne s’est encore tenue depuis le début de son mandat du fait de blocages de plusieurs États membres – dont la France – au niveau du Conseil.

2. Observations de PwC France & Maghreb sur la position des acteurs financiers français
Dans le cadre de nos échanges avec les Directions Stratégie, Innovation et Affaires Publiques, des principaux acteurs bancaires et assurantiels français, nous relevons plusieurs préoccupations récurrentes.

Celles-ci concernent notamment :

Les coûts techniques : l’expérience de la DSP2, qui a représenté plusieurs dizaines de millions d’euros d’investissements pour les grands acteurs bancaires français, est citée comme référence. La mise à disposition des données financières représente un défi et il sera nécessaire de capitaliser sur les acquis de DSP2 pour limiter les coûts et maximiser les bénéfices à plus long terme pour compenser cette implémentation ;
Les enjeux de cybersécurité : l’augmentation du périmètre des données partageables pourrait s’accompagner d’une exposition supplémentaire aux cyberattaques. Ces risques sont néanmoins compensés par le cadre Cyber existant au sein de l’UE et sa concordance avec la réglementation FiDA (par ex. RGPD, DORA, NIS2, eIDAS2,…) ;
Des flous juridiques : plusieurs points restent à clarifier, notamment la responsabilité du détenteur des données en cas de mauvaise utilisation par un tiers, ou encore la sécurité associée au tableau de bord des autorisations – dashboard – que les établissements financiers vont devoir mettre à disposition des clients ;
Des incertitudes sur les schémas de partage : la définition des schémas – schemes -, leur gouvernance, le périmètre exact des données concernées et les modalités pratiques de partage restent encore à définir ;
Des craintes sur l’équilibre concurrentiel : certains acteurs estiment que seuls les acteurs disposant de capacités financières importantes pourraient pleinement bénéficier du règlement FiDA. La présence des GAFAM et des grandes banques américaines, dans un contexte de tensions commerciales transatlantiques, est citée comme un sujet d’attention. Les discussions en cours à Bruxelles intègrent ces inquiétudes, avec des dispositions spécifiques concernant l’éligibilité des acteurs extra-européens au statut de FISP et les conditions de séparation des données. Pour garantir une application concurrentielle du texte, les parties prenantes réclament des exigences strictes de domiciliation, tant des personnes morales que des données, et ainsi prévenir tout avantage indu fondé sur la taille, les capacités technologiques ou l’absence de contraintes équivalentes.
Les réserves exprimées par une partie des établissements financiers traditionnels peuvent expliquer qu’à ce stade, tous n’aient pas engagé au même niveau des travaux internes sur les cas d’usage de l’Open Finance et sur les modèles économiques associés. Le paysage reste toutefois contrasté : certains acteurs ont déjà lancé des réflexions structurées, voire des démarches plus avancées, sur des modèles s’inscrivant dans la logique de l’Open Finance. Dans ce contexte, l’association France FinTech a formulé des propositions d’ajustements ciblés du règlement, afin de mieux prendre en compte certaines préoccupations exprimées par les acteurs historiques.

Pour certaines FinTechs comme Powens, FiDA est perçu comme une opportunité d’accéder à des données jusqu’ici peu disponibles afin de développer des services plus personnalisés :

Aide à la décision de crédit enrichie par une vision plus complète des actifs financiers (encours de crédit, remboursements, portefeuilles d’investissement, comptes de retraite) ; Agrégation et consolidation des données financière pour offrir aux particuliers comme aux entreprises une meilleure visibilité financière ; Conseils personnalisés en épargne, investissement et retraite, fondé sur une meilleure connaissance du profil, des objectifs et des actifs du client ;Pilotage patrimonial et budgétaire plus fin, avec des recommandations mieux adaptées aux besoins et aux moments de vie ;Comparaison plus fluide des offres et accompagnement à la mobilité financière, afin de faciliter le choix de services plus compétitifs.
Ces acteurs soulignent néanmoins que leur capacité à développer ces services dépendra des conditions économiques d’accès aux données financières, qui restent à définir.

Dans un contexte marqué par l’avance de certains grands acteurs internationaux et par l’intensification de la concurrence technologique, l’Europe a besoin d’un cadre qui permette effectivement à ses entreprises d’opérer. À défaut, elle pourrait peiner à tirer pleinement parti du potentiel d’innovation offert par l’open finance. L’Union dispose pourtant d’atouts réels – en termes de talents, d’expertise et d’acteurs de marché – qu’un cadre adapté pourrait contribuer à mieux valoriser.

3. L’optimisme du Royaume-Uni contraste avec la vision pessimiste française
L’approche britannique présente des différences notables avec la situation observée en France et adopte une position plus offensive avec le soutien du Centre for Finance, Innovation and Technology (CFIT).

Le Royaume-Uni a emprunté une trajectoire distincte depuis le Brexit. L’Open Banking y est relativement avancé : plus d’un consommateur sur neuf et une PME sur cinq utilisent des services qui en sont issus, proposés par environ 150 FinTechs au Royaume-Uni. Selon des études du bureau local de PwC, l’Open Finance et la mobilité des données personnelles pourraient contribuer à hauteur de 30,5 milliards de livres sterling au PIB britannique.

Pour aller chercher cette croissance, le Royaume-Uni a mis en place une taskforce réunissant régulateurs, banques et FinTech. Ces travaux portent sur les impacts de l’Open Finance et s’appuient sur des ateliers dédiés à l’identification et l’anticipation des cas d’usage et aux parcours utilisateurs, afin de faciliter l’adoption par les consommateurs.

Les travaux menés ont ainsi permis d’identifier plusieurs applications potentielles de l’Open Finance :

Amélioration de la décision de crédit ; Meilleure visibilité financière pour les clients via l’agrégation de données ; Démocratisation du conseil financier ; Simplification des processus pour réduire les taux d’abandon.
Cette approche plus collaborative et anticipatrice contraste avec la posture plus défensive des acteurs traditionnels observée en France. Elle ne signifie pas pour autant une absence de défis, mais illustre une philosophie différente dans l’appréhension du sujet. Selon une étude de l’Eurasian Business Review publiée fin 2024, près de 19% des consommateurs européens ne seraient pas disposés à partager leurs données financières, quelle que soit la contrepartie proposée, ce qui interroge sur l’adoption des futurs services par les clients.

4. PwC France & Maghreb émet des pistes de réflexion pour les établissements financiers et les FinTechs
Face à ces évolutions, plusieurs questions stratégiques se posent pour les établissements financiers et les FinTechs. Les différentes missions menées auprès de nos clients nous amènent à identifier trois types de positionnement possibles dans l’écosystème Open Finance :

Fournisseur de données : l’établissement financier ou la FinTech se concentre sur la mise à disposition sécurisée des données (comptes, transactions, épargne, pensions) sous réserve du consentement du client ;
Partenaire collaboratif : l’établissement financier ou la FinTech s’associe avec des FinTechs et des éditeurs technologiques pour développer des produits innovants exploitant l’Open Finance (à l’image de Legal & General avec Moneybox au Royaume-Uni pour le tableau de bord de retraite) ;
Innovateur de produits et services : l’établissement financier ou la FinTech développe en interne des solutions fondées sur l’Open Finance et les commercialise directement (par exemple le prototype développé par HSBC pour le crédit aux TPE/PME).
Quel que soit le rôle envisagé, plusieurs prérequis techniques et organisationnels nous semblent devoir être anticipés :

Préparer l’infrastructure tech : investir dans des systèmes compatibles avec une logique d’API, avec des formats de données standardisés et une attention particulière à l’interopérabilité ;
Maximiser la collaboration des parties prenantes : la concertation entre partenaires (FinTechs, institutions financières traditionnelles, éditeurs de solutions techniques) est essentielle pour développer des solutions scalables et bénéficier d’effets de réseau ;
Concevoir des parcours simples et fluides : l’adoption de l’open finance dépendra aussi de la capacité des acteurs à proposer des expériences sans frictions et faciles à comprendre, afin que les bénéfices du cadre puissent être pleinement captés par l’ensemble des parties prenantes (les clients et les acteurs financiers) ;
Construire la confiance des clients : une communication claire sur l’utilisation des données et les bénéfices attendus est nécessaire pour favoriser l’adoption des consommateurs. Les européens apparaissent en effet attentifs aux conditions dans lesquelles leurs données sont partagées et utilisées, avec une attente forte de maîtrise et de contrôle. C’est précisément l’un des objectifs poursuivis par FiDA, qui vise à redonner aux clients la pleine propriété de leurs données (par ex. via l’instauration du tableau de bord des consentements) ;
Renforcer les dispositifs de sécurité : des algorithmes avancés de détection de la fraude et des cyber-attaques contribueront à sécuriser l’écosystème ;
Anticiper le modèle économique : la question de la rémunération du partage de données devra être intégrée dans les réflexions, en lien avec les évolutions du cadre réglementaire.
PwC France & Maghreb accompagne les acteurs financiers dans leur réflexion et leur préparation à l’entrée en vigueur de FiDA, entre autres sur les activités suivantes :

Veille réglementaire et analyse d’impact : suivi des évolutions des trilogues et analyse des implications pour votre organisation ;
Revue indépendante du niveau de maturité Open Finance : évaluation de l’infrastructure technique, du dispositif de gestion des risques cyber, de la gouvernance des données et de la stratégie API au regard des exigences à venir ;
Etudes stratégiques et ateliers de réflexion sur les cas d’usage : identification des applications potentielles de l’Open Finance pour votre activité et construction de business cases ;
Accompagnement technique : aide à la définition de votre feuille de route technologique.
5. CONCLUSION
Nous l’avons vu, à ce stade des négociations, plusieurs constats peuvent être dressés sur le règlement FiDA.

Les discussions se poursuivent à l’échelle européenne à différents niveaux, sans que le calendrier soit encore stabilisé à ce stade. Les futurs trilogues devraient permettre de préciser les points de consensus et les principaux sujets de divergence entre les États membres.

Aussi, les positions des acteurs financiers et des Etats européens restent contrastées et divergent parfois nettement sur certains points du règlement. Le Royaume-Uni a développé une approche proactive avec une taskforce nationale et des travaux avancés sur les cas d’usages et les parcours utilisateurs. A l’inverse, la France adopte une posture plus prudente, ses acteurs traditionnels exprimant plusieurs réserves, y compris dans la presse française. Au sein du pays, certaines FinTechs, comme Powens, se préparent à exploiter les opportunités offertes par l’accès aux données financières. Mais ces FinTech ne pourront pas porter l’innovation seules, le soutien des pouvoirs publics et les travaux du reste de la place financière sont essentiels pour aboutir à un texte équilibré et compétitif.

Enfin, l’adoption par les consommateurs va constituer un facteur clé pour le succès du règlement FiDA. Le sujet n’est pas seulement celui de l’acceptabilité du partage des données, mais celui du contrôle effectif laissé aux utilisateurs. C’est d’ailleurs l’un des constats sous-jacents des débats européens sur l’open finance : la demande porte sur des mécanismes de partage transparents, réversibles et maîtrisés par le client. Dans cette logique, la Commission européenne identifiait déjà en 2022 le “customer control” comme l’un des objectifs centraux de l’open finance.

Dans ce contexte, l’exemple britannique nous enseigne que l’anticipation et la coopération permettent de créer de la valeur et de renforcer la compétitivité d’une organisation et de l’écosystème financier au sens large.

Le défi pour la France et l’Europe est de trouver la voie entre innovation maîtrisée et souveraineté européenne, en s’assurant que les règles du jeu soient bien appliquées. C’est ce chantier de transformation majeur qui va prochainement s’ouvrir pour les acteurs financiers européens.

Chez PwC France & Maghreb, nous sommes convaincus que l’anticipation est la clé du succès. En aidant nos clients à définir leur positionnement, à bâtir les fondations d’une stratégie Open Finance gagnante et décliner opérationnellement cette stratégie, nous les accompagnons pour faire de FiDA un véritable levier de croissance et de compétitivité à long-terme.

Source : France Fintech

Mardi 28 Avril 2026

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