Sur fond de bataille pour la souveraineté des paiements en Europe, les banques passent à l'offensive avec Wero, leur alternative à Visa et Mastercard. BPCE ouvre le bal en France avec le paiement en ligne, amorçant un déploiement à grande échelle, tandis que l'euro numérique s'annonce déjà comme le prochain terrain de jeu. Dans ce contexte, Geoffrey Laloux, Principal et sponsor du Domex Payments pour le cabinet de conseil Square Management, apporte son éclairage en tant qu'expert sur les questions suivantes :
S'affranchir complètement des réseaux américains – même à long terme - me semble utopiste et serait même non souhaitable. Le véritable enjeu est de toujours avoir le choix. Pour cela il faut que pour chaque cas d'usage des alternatives locales et souveraines crédibles soient disponibles. Atteindre la pluralité des choix, partout en Europe est possible à moyen terme.
Techniquement parlant, Wero a ou aura tous les moyens nécessaires endéans les 2 ans. La vraie question ce n'est pas « qu'est-ce que Wero (EPI) et ses partenaires ont les moyens de faire ?», mais « comment vont réagir les concurrents ? ». Que ce soit avec le Click-to-pay, la Tokenisation ou encore le commerce agentique, Visa, MasterCard, les GAFAM et les autres ont non seulement la technologie et les moyens de s'adapter et de se renouveler, mais en plus ils sont en position de leader. Il est toujours plus facile de se défendre que d'attaquer.
Il est vrai que l'on est 10 ans après l'apparition de Apple Pay en France, mais un système pan européen tel que Wero ne pouvait exister avant la généralisation obligatoire des paiements instantanés gratuits, ce qui n'a été réalisé qu'en janvier 2025. Avant cela on pouvait au mieux avoir des systèmes domestiques reposant sur des infrastructures locales à l'image de iDEAL qui existe aux Pays Bas depuis 2005, de Swish en Suède (2012) ou de Vipps en Norvège (2015).
Quand on arrive dans un marché déjà bien occupé par des acteurs performants il faut être « juste » dès le premier jour. Proposer une valeur ajoutée forte et une expérience utilisateur sans faille ne sera pas suffisant pour autant, il faudra aussi investir beaucoup en communication, en marketing et très rapidement pouvoir compter sur un large réseau de marchands qui acceptent votre moyen de paiement.
Wero est un moyen de paiement, l'Euro numérique est une monnaie, les périmètres ne sont pas les mêmes. Un wallet comme Wero implique le respect de la conformité (KYC, DSP...) et des services à valeur ajoutée comme le paiement fractionné, des mécanismes de lutte contre la fraude, la gestion des litiges etc. L'Euro Numérique n'est qu'une devise qui pourrait donc potentiellement venir s'intégrer dans un wallet comme Wero.
Toujours plus fractionné, intermédié et même programmé et invisible pour une partie. Les acteurs vont changer, surtout au niveau local, les parts de marché vont évoluer bien sûr et il y aura aussi quelques consolidations inévitables, mais en aucuns cas je ne crois à l'émergence d'un nouveau champion qui écrasera nettement la concurrence à l'échelle Européenne. Surtout dans un délai aussi court.
Du même auteur : Paris, nouveau QG des fintechs ? Ce que révèle le pari de Revolut en France...
L'Europe peut-elle réellement s'affranchir des réseaux américains à court ou moyen terme ?
S'affranchir complètement des réseaux américains – même à long terme - me semble utopiste et serait même non souhaitable. Le véritable enjeu est de toujours avoir le choix. Pour cela il faut que pour chaque cas d'usage des alternatives locales et souveraines crédibles soient disponibles. Atteindre la pluralité des choix, partout en Europe est possible à moyen terme.
Wero a-t-il les moyens de s'imposer face aux wallets déjà installés (Apple Pay, PayPal...) en termes d'expérience utilisateur et d'adoption ?
Techniquement parlant, Wero a ou aura tous les moyens nécessaires endéans les 2 ans. La vraie question ce n'est pas « qu'est-ce que Wero (EPI) et ses partenaires ont les moyens de faire ?», mais « comment vont réagir les concurrents ? ». Que ce soit avec le Click-to-pay, la Tokenisation ou encore le commerce agentique, Visa, MasterCard, les GAFAM et les autres ont non seulement la technologie et les moyens de s'adapter et de se renouveler, mais en plus ils sont en position de leader. Il est toujours plus facile de se défendre que d'attaquer.
Le timing est-il le bon face à des usages déjà largement ancrés (cartes, wallets) ?
Il est vrai que l'on est 10 ans après l'apparition de Apple Pay en France, mais un système pan européen tel que Wero ne pouvait exister avant la généralisation obligatoire des paiements instantanés gratuits, ce qui n'a été réalisé qu'en janvier 2025. Avant cela on pouvait au mieux avoir des systèmes domestiques reposant sur des infrastructures locales à l'image de iDEAL qui existe aux Pays Bas depuis 2005, de Swish en Suède (2012) ou de Vipps en Norvège (2015).
Comment intégrer les nouveaux usages (instant payment, mobile, QR code, etc.) dès le départ ?
Quand on arrive dans un marché déjà bien occupé par des acteurs performants il faut être « juste » dès le premier jour. Proposer une valeur ajoutée forte et une expérience utilisateur sans faille ne sera pas suffisant pour autant, il faudra aussi investir beaucoup en communication, en marketing et très rapidement pouvoir compter sur un large réseau de marchands qui acceptent votre moyen de paiement.
Comment va coexister Wero avec l'euro numérique ? Concurrence ou complémentarité ?
Wero est un moyen de paiement, l'Euro numérique est une monnaie, les périmètres ne sont pas les mêmes. Un wallet comme Wero implique le respect de la conformité (KYC, DSP...) et des services à valeur ajoutée comme le paiement fractionné, des mécanismes de lutte contre la fraude, la gestion des litiges etc. L'Euro Numérique n'est qu'une devise qui pourrait donc potentiellement venir s'intégrer dans un wallet comme Wero.
À quoi pourrait ressembler le paysage des paiements en Europe à horizon 5 ans : coexistence des modèles ou véritable bascule ?
Toujours plus fractionné, intermédié et même programmé et invisible pour une partie. Les acteurs vont changer, surtout au niveau local, les parts de marché vont évoluer bien sûr et il y aura aussi quelques consolidations inévitables, mais en aucuns cas je ne crois à l'émergence d'un nouveau champion qui écrasera nettement la concurrence à l'échelle Européenne. Surtout dans un délai aussi court.
Du même auteur : Paris, nouveau QG des fintechs ? Ce que révèle le pari de Revolut en France...




Actus AssurTech / InsurTech



