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Medtech & biotech : Comment financer l’innovation dans la santé ?


Medtech & biotech : Comment financer l’innovation dans la santé ?
Entre 2021 et 2022, les investissements dans le domaine de la « healthtech » ont chuté de 46,5%. Une tendance qui s’explique par la frilosité des investisseurs traditionnels.
Pour trouver la parade, les entreprises du secteur s’orientent de plus en plus vers des modes de financement alternatifs.


2022, année noire. C’est en tout cas ce que semblent montrer les chiffres avancés par l’association France Biotech : entre la période faste du Covid-19, 2020-2021, durant laquelle les innovations dans la santé ont attiré les flux financiers comme un aimant, et l’année 2022, les investissements annuels auraient ainsi chuté de 55,2 à 29,5 milliards d’euros. « Après deux années exceptionnelles (2020 et 2021) pour les sociétés healthtech malgré la crise sanitaire, le financement de ces entreprises retombe au niveau pré-Covid », constate le rapport « Panorama France healthtech 2022 ».

Une course de fond, une course après les fonds


La situation en France est sous cet angle paradoxale. Selon l’étude de France Biotech, notre pays reste l’un des plus dynamiques dans le secteur, avec « environ 2 600 entreprises, dont 800 biotechs, 1 440 medtechs et 400 sociétés dans la santé numérique », totalisant quelque 4 000 innovations en développement. Autant de perspectives positives, tant au plan sanitaire que commercial, certes, mais autant de concurrence en matière de financements, malgré les efforts consentis par l’État, avec par exemple les 7 milliards d’euros du plan de relance consacrés au secteur médical. Dans ce secteur nourri à l’innovation permanente, chacun sait que seule une faible part des projets en cours ira jusqu’à la fin des phases 3 de leurs essais cliniques, puis à la commercialisation des produits. Pour atteindre ce graal, la priorité est évidemment de mobiliser les fonds nécessaires à la recherche et au développement, tout au long du processus.

Or les banques traditionnelles se montrent de plus en plus réticentes à soutenir ces projets de développement, tandis que l’entrée en bourse n’est pas non plus une solution assurée. En effet, les banques ou les intermédiaires qui accompagnent les IPO font bien souvent miroiter des retours sur investissements alléchants, tant par leurs montants qu’en terme d’échéance. Mais le calendrier mis en avant, très optimiste sur les besoins de trésorerie, manque souvent de réalisme, ne permettant pas à ces entreprises de mener à bien les longues expérimentations qui sont au cœur de leur métier. De fait, quand les fonds viennent à manquer et que les entrepreneurs se tournent vers les actionnaires, ceux-ci sont souvent réticents à remettre la main à la poche. « Ces investisseurs ne sont pas des mécènes et se sont lassés d’attendre des essais cliniques qui s’éternisent. Ils ont perdu patience dirons-nous. Et se sont entre temps focalisés sur autre chose, d’autres thématiques, comme l’hydrogène ou l’intelligence artificielle ou, à une certaine époque, révolue elle aussi, les crypto-monnaies. C’était d’ailleurs la bulle spéculative qui avait remplacé celle des biotechs sur la fin de la précédente décennie » écrit Jean-David Haddad, professeur d’Économie et Sciences Sociales.

Cette pénurie financière entrave évidemment la poursuite d’essais cliniques qui sont pourtant la raison d’être de ces « healthtech », quand elle ne remet pas tout simplement en cause leur existence même, les acculant dans le meilleur des cas à être rachetées par des grands laboratoires.

La finance alternative à la rescousse


Conscients des limites des circuits conventionnels évoquées plus haut, les chefs d’entreprise qui ont de bonnes raisons d’espérer en un succès à terme, se tournent vers des solutions alternatives de financement, parfois in extremis, parfois dans le cadre de reprise d’une société au bord de la faillite.

C’était par exemple le cas pour la biotech Pharnext, arrivée à court d’arguments financiers pour développer le médicament PXT3003 contre la maladie de Charcot-Marie-Tooth de type 1A. Au bord du dépôt de bilan, Pharnext a été reprise par une nouvelle équipe capable de lever des fonds pour enclencher de nouveaux essais cliniques en phase 3. « Pharnext est arrivé dans notre portefeuille à travers une autre société, Néovacs, que nous avons repris au tribunal de commerce de Paris en 2020, se souvient Hugo Brugière, son PDG. « Pharnext était dans un cas de figure classique, très endettée, situation courante dans le secteur des biotech. Ces entreprises consomment 100, 150 voire 200 millions d’euros pour développer un médicament et parfois, l’actionnaire se retrouve au bout de ses capacités de financement. » Selon le chef d’entreprise, au moment de la reprise de Pharnext, une seule solution se proposait à lui : le financement du marché par ORA (obligations remboursables en actions) ou par OCABSA (obligations convertibles en actions avec bons de souscription d’actions). Cette seconde option lui paraissait d’autant plus pertinente que ce repreneur d’entreprises, par ailleurs à la tête d’HBR Investment Group a trouvé le partenaire financier adéquat avec Alpha Blue Ocean, qui selon lui « finance entre 80 et 90% de nos reprises et de nos restructurations ».

De fait, les sociétés spécialisées qui offrent de telles prestations ont bien identifié que le constat sur les limites des financements classiques s’applique tout particulièrement au secteur de la recherche médicale. « Certaines activités sont particulièrement séduites par ce type de financement, comme les secteurs de la recherche médicale (biotech ou medtech), confrontés à des durées conséquentes entre la mise en œuvre des phases cliniques (recrutement des patients, recherche et développement des produits, études complémentaires, etc.) et le retour sur investissement. », souligne Frédéric Sutterlin, d’Alpha Blue Ocean, qui précise que « les fonds d’investissements ont une souplesse et une réactivité qui leur permet de s’adapter aux besoins de l’entreprise ».

Des financements synonymes de projets qui progressent


Le choix de Pharnext semble s’avérer pertinent, puisque la biotech annonçait en septembre dernier avoir reçu un ensemble d’offres non engageantes valorisées à quelque 400 millions d’euros : un débouché commercial concrétisant la fin, en août dernier, des essais de phase 3, et dont les résultats préliminaires seront rendus publics d’ici la fin de l’année.

Le cas de Pharnext n’est pas isolé : d’autres entreprises du secteur se sont lancées dans une démarche semblable, permettant la poursuite d’essais prometteurs.

C’est par exemple le cas d’Affluent Medical, medtech française spécialisée entre autres dans la pathologie de la mitrale cardiaque, valve du cœur destinée à envoyer le sang oxygéné aux poumons. L’entreprise a eu recours début 2023 à des actions assorties de bons de souscriptions d’actions remboursables (ABSAR), lui permettant de réunir 13 millions d’euros, pour « franchir les prochaines étapes cliniques importantes », selon son directeur général Sébastien Ladet. Là encore, le financement alternatif semble avoir donné les fruits escomptés, puisque l’entreprise annonçait à la mi-septembre avoir franchi une nouvelle étape avec des résultats cliniques positifs au sujet de son « anneau mitral Kalios ». Au-delà de la prouesse technique, ce sont les perspectives commerciales qui semblent s’ouvrir, dès 2025, et notamment vers le très rentable marché américain.

Un succès global donc en ligne de mire pour cette société, qui comparé aux incertitudes que connaissent d’autres entreprises ayant recours aux solutions alternatives, met en évidence que celles-ci ne sont pas des baguettes magiques. Leur apport stratégique n’est une réelle solution que lorsque les fonds proposés par les sociétés spécialisées sont mis à la disposition de business plan solides et réalistes. La pertinence du choix de ces financements dépend donc de la qualité et de la transparence du dialogue entre les deux parties.


Vendredi 27 Octobre 2023