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Financement des fintech : pourquoi la croissance seule ne suffit plus


Après une décennie marquée par un capital abondant et peu coûteux, le paysage du financement des entreprises connaît une transformation profonde. Les marchés publics retrouvent leur place, le private equity entre dans l’univers de la tech, et de nouvelles formes de détention et d’investissement émergent. Aujourd’hui, lever des fonds ne suffit plus : le financement devient un levier stratégique pour structurer l’entreprise, optimiser le rendement du capital et préparer une sortie réussie.

Découvrez la synthèse et la vidéo du panel “Beyond Venture Capital: The New Rules of Funding” entre Elina Berrebi, co-fondatrice, Revaia, Geoffroy Guigou, co-fondateur et Directeur général délégué, Younited, Quentin Nickmans, Fondateur & Senior Partner, Hexa modéré par Arthur Porré, Founding Partner, Avolta à l’occasion de FinTech R:Evolution | #FFT26 | Flight to Quality.

A. Depuis 2022, la croissance seule ne suffit plus à convaincre


Arthur Porré décrit la décennie 2012-2022 comme « complètement folle » : capital abondant, taux d’intérêt proches de zéro, logique de croissance à tout prix, valorisations déconnectées des fondamentaux économiques. Ce modèle a produit une génération d’entreprises bien financées, parfois mal structurées, et systématiquement surévaluées par rapport à leur capacité bénéficiaire réelle.

La rupture de 2022 a été brutale et rapide. En France, les levées de fonds sont passées de 14 milliards d’euros en 2022 à 7 milliards en 2025, soit une baisse de 50 %. Sur le seul périmètre fintech, la chute est encore plus marquée : de 3 milliards à 500 millions d’euros, soit une réduction de 83 %. Le nombre de transactions a été divisé par trois. Le mouvement est particulièrement visible dans le secteur du logiciel aux États-Unis : fin 2021, certaines entreprises étaient valorisées jusqu’à 17 fois leur revenu annuel récurrent (ARR) ; aujourd’hui, on se situe plutôt autour de 4 fois.

Les règles du jeu ont changé. La croissance du chiffre d’affaires n’est plus le critère universel d’évaluation. La rentabilité est devenue un prérequis et non une promesse. Les entrepreneurs doivent arbitrer entre des questions qui n’existaient pas il y a trois ans : faut-il accélérer la croissance ou freiner pour atteindre la rentabilité ? Est-ce le bon moment pour lever, ou vaut-il mieux vendre ? Venture capital ou private equity ? Ces arbitrages dominent les conversations quotidiennes avec les fondateurs.

B. La défensibilité réinventée par l’IA


Elina Berrebi apporte la perspective de l’investisseur et introduit un concept central : la redéfinition de la défensibilité à l’ère de l’IA.

Pendant la décennie précédente, la défensibilité d’un modèle fintech reposait sur des facteurs bien identifiés : taille du réseau d’utilisateurs, volume et qualité des données propriétaires, effets de réseau qui rendaient le changement de prestataire coûteux. Ces facteurs restent pertinents, mais ils ne sont plus suffisants.

L’intelligence artificielle a profondément modifié l’équation compétitive en réduisant les barrières à l’entrée sur de nombreux segments. Une capacité technique qui nécessitait autrefois des équipes importantes et des investissements massifs peut aujourd’hui être répliquée rapidement avec des outils d’IA accessibles.

La vraie question de défensibilité devient donc : comment une fintech intègre-t-elle l’IA dans son modèle de manière à créer un avantage structurel ? Comment déploie-t-elle cette technologie à des coûts marginaux proches de zéro pour des services qui restaient coûteux à opérer ? C’est cette capacité d’exécution, et non plus la simple possession de données ou de réseau, qui définit les nouveaux fossés compétitifs.

C. La maturité du secteur : consolidation, industrialisation, nouvelles structures de capital


Geoffroy Guigou apporte une perspective de praticien. Le marché a opéré un virage majeur en matière de rentabilité : en 2022, 10 % des fintech françaises étaient rentables.

Aujourd’hui, ce chiffre est de 40 %, et de nombreux acteurs visent la rentabilité dans les 12 à 18 prochains mois. Ce mouvement n’a pas arrêté la croissance : les fintech continuent de progresser 2 à 4 fois plus vite que les services financiers traditionnels. Il en a néanmoins changé la nature : plus disciplinée, plus sélective, plus orientée vers la valeur à long terme.

Quentin Nickmans, dont le Studio Hexa représente un modèle alternatif au venture capital traditionnel, souligne les implications pour la construction des entreprises. Les fondateurs de la nouvelle génération adoptent un état d’esprit « default alive » (s’assurer que l’entreprise peut survivre sans levée de fonds supplémentaire) qui contraste radicalement avec l’hypothèse de disponibilité perpétuelle du capital qui prévalait avant 2022. Cette discipline financière, vécue comme une contrainte par certains, est perçue par Nickmans comme un facteur de solidité à long terme.

Le marché des structures de capital évolue lui aussi. La frontière entre venture capital et private equity se brouille : les fonds de VC s’intéressent désormais à des transactions secondaires et à des opérations de type LBO sur des actifs matures, tandis que les fonds de private equity descendent en maturité pour capter des croissances plus élevées. La consolidation s’accélère, portée à la fois par des logiques d’acquisition stratégique entre fintech et par l’intérêt croissant des grands corporates financiers pour des cibles plus jeunes.

D. Le rôle de l’État : créer un cadre favorable sans choisir les vainqueurs


Bpifrance a joué un rôle structurant dans l’émergence de l’écosystème, en particulier pour les financements d’amorçage et de série A. La question est de savoir si ce rôle doit être étendu et si l’État doit intervenir davantage dans les phases de scale-up.

La réponse du panel est nuancée :

→ Oui pour la création des conditions favorables : fiscalité, infrastructure de marché, dialogue réglementaire,
→ Non pour la sélection de champions.

L’État doit structurer l’environnement ; le marché et les entrepreneurs doivent faire les choix.

Un débat reste ouvert sur les implications à long terme du recentrage sur la rentabilité. Ce recentrage est-il une maturation saine du secteur, ou freine-t-il l’émergence de champions pan-européens qui auraient besoin de plusieurs années supplémentaires d’investissement en croissance avant de se préoccuper de rentabilité ?

La tension entre discipline financière et ambition industrielle n’est pas résolue. Mais le consensus du panel est clair sur un point : l’IA peut rebattre les cartes en permettant à des acteurs de croître rapidement tout en restant rentables, grâce à une réduction drastique des coûts marginaux. C’est cette combinaison croissance + rentabilité + résilience qui définit le profil de l’acteur fintech gagnant de la prochaine décennie.

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Vendredi 19 Juin 2026



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