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La santé mentale des DSI dans la finance : l’angle mort de la transformation numérique

Par Antony Derbes, Président d’Open Lake Technology


La santé mentale des DSI dans la finance : l’angle mort de la transformation numérique
Dans la finance, la transformation numérique ne transforme plus seulement les systèmes d’information : elle transforme profondément ceux qui en portent la responsabilité.

En vingt ans, le métier de DSI dans le secteur financier a profondément changé de nature. Il fut un temps où la mission principale consistait à garantir la disponibilité du système d’information, piloter quelques grands projets structurants et maîtriser les coûts. Aujourd’hui, le DSI est à la fois architecte de la transformation digitale, garant de la conformité réglementaire, chef d’orchestre de la cybersécurité, responsable de la résilience opérationnelle et facilitateur de l’expérience collaborateur.

À cette accumulation de responsabilités s’ajoute un phénomène silencieux mais massif : l’explosion des canaux de communication.

Dans une salle de marché ou dans les équipes d’asset management, les échanges ne transitent plus uniquement par l’email et le téléphone fixe. Ils passent par Microsoft Teams, Zoom, Webex, Bloomberg, les softphones, les mobiles professionnels et parfois personnels. À chaque outil correspond une logique technique différente, un mode d’archivage spécifique, des paramètres de sécurité propres et, surtout, des risques de non-conformité distincts.

Dans le même temps, les exigences réglementaires se sont densifiées : MiFID II impose l’enregistrement et la conservation des communications liées aux transactions ; son évolution vers MiFID III renforce encore les exigences de transparence, de protection des investisseurs et d’encadrement des pratiques de marché ; le RGPD encadre strictement les données personnelles ; le Digital Operational Resilience Act (DORA) élève le niveau d’exigence en matière de résilience opérationnelle et de gestion des incidents ICT.

Ces textes, légitimes dans leur intention, déplacent néanmoins une pression considérable sur les épaules des directions informatiques.

Le DSI de la finance moderne vit dans un état d’alerte quasi permanent. Il doit garantir que chaque conversation sensible est enregistrée, que chaque donnée est conservée selon les durées requises, que chaque incident est détecté, documenté et, demain, démontrable en audit avec un niveau de granularité toujours plus fin. Il doit simultanément favoriser l’adoption des outils collaboratifs, soutenir la productivité des métiers et arbitrer des budgets sous tension, le tout dans un contexte de menaces cyber croissantes et d’attentes toujours plus élevées des régulateurs.

Cette inflation des tâches ne relève pas seulement d’un enjeu organisationnel. Elle pose une question humaine.

Les DSI que je rencontre me parlent moins de transformation digitale que d’épuisement décisionnel. Ils gèrent des volumes d’informations impossibles à traiter manuellement. Ils arbitrent des priorités contradictoires : innovation versus contrôle, fluidité versus traçabilité, rapidité versus conformité. Chaque nouveau canal de communication, chaque nouvelle application adoptée par les équipes, devient une potentielle faille à surveiller.

L’évolution technologique des vingt dernières années a apporté une formidable accélération des échanges. Mais elle a aussi fragmenté la visibilité. Là où un seul système centralisé suffisait autrefois, nous sommes aujourd’hui face à une constellation d’outils hétérogènes. Cette fragmentation crée une illusion de maîtrise : les données existent, les logs sont stockés quelque part, les politiques sont rédigées. Pourtant, sans consolidation et sans lecture transverse, la réalité opérationnelle échappe rapidement au contrôle.

C’est précisément dans cet écart entre complexité croissante et moyens humains limités que se joue la santé mentale des DSI.

On attend d’eux qu’ils voient tout, qu’ils anticipent tout, qu’ils documentent tout, y compris face à des réglementations qui évoluent plus vite que les cycles budgétaires. Or, sans mécanismes d’automatisation, sans tableaux de bord intelligents, sans détection proactive des incidents sur les flux critiques, la supervision devient artisanale. Et l’artisanat ne tient pas face à des volumes exponentiels.

La question n’est donc plus seulement : « Sommes-nous conformes ? »

Elle devient : « Sommes-nous capables de rester conformes dans la durée sans épuiser nos équipes ? »

Dans ce contexte, la technologie ne doit pas être un facteur supplémentaire de complexité, mais un levier de simplification. L’automatisation de la conservation des échanges, la centralisation des enregistrements multi-canaux, la visualisation en temps réel des usages et des écarts, ou encore les alertes intelligentes sur les incidents critiques permettent de transformer une surveillance anxiogène en pilotage rationnel.

Il ne s’agit pas de remplacer le DSI par des outils, mais de lui redonner de la visibilité et du temps décisionnel : passer d’une posture défensive, subir les alertes et les audits, à une posture proactive, fondée sur des données consolidées et exploitables.

J’observe chaque jour cette réalité : la complexité réglementaire et technologique n’est pas près de diminuer. Les canaux de communication continueront de se multiplier. Les régulateurs continueront d’élever le niveau d’exigence, comme en témoigne l’arrivée de MiFID III. Les métiers continueront d’exiger davantage de fluidité.

La véritable transformation à mener est donc organisationnelle et humaine. Elle consiste à accepter que la supervision moderne ne peut plus reposer sur des contrôles manuels et des processus éclatés. Sans une approche davantage automatisée et centralisée de la supervision des flux de communication, il devient extrêmement difficile, voire intenable, de maintenir un haut niveau de conformité sur le long terme.

La santé mentale des DSI n’est pas un sujet périphérique. Elle est devenue un indicateur stratégique de la robustesse des institutions financières. Un DSI épuisé prend des décisions plus conservatrices, innove moins et subit davantage qu’il n’anticipe.

À l’inverse, un DSI disposant d’une vision claire, consolidée et actionnable de ses environnements peut redevenir ce qu’il doit être : un stratège de la résilience et de la performance.

La finance parle beaucoup de risques de marché, de risques de crédit, de risques opérationnels. Il est temps d’y ajouter un risque plus discret mais tout aussi structurant : le risque d’épuisement des décideurs technologiques.

À mesure que la finance automatise ses décisions, elle ne peut plus se permettre d’épuiser ceux qui en garantissent la fiabilité.

La santé mentale des DSI dans la finance : l’angle mort de la transformation numérique
À propos d’Open Lake Technology :
OPEN LAKE TECHNOLOGY, a créé une suite logicielle qui aide les DSI exigeants à répondre à leurs besoins de conformité IT, de compréhension des usages et de la gestion des incidents sur leurs systèmes de téléphonies unifiées.

Lire aussi : MiFID III : le moment de vérité pour la conformité technologique des institutions financières

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Mercredi 18 Février 2026

Tags : MiFID


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